Pas d’annonce. Les premières notes. Ses doigts se déplacent facilement sur une écriture sans difficulté majeure. Le toucher, sans soutien de pédale, est simple et sensible. L’accompagnement épuré, harmonique. Il sera rythmique aussi, support d’une voix qui s’invite.
Sa voix pour notre bonheur. Naturelle. Oh oui, naturelle ! Sans fard, belle et directe, aisée, fantasque parfois, cynique aussi, drôle souvent, mature. Ses effets ne sont pas des effets de chanteuse mais de comédienne. L’univers du cirque, son enfance, son histoire, ses inspirations, ses maîtres (Brel ?) planent et l’habillent.
Magique. Magicienne de l’écriture. Mais où, quand, comment a-t-elle appris ? « Approchez Mesdames et Messieurs, rien n’est fait pour vous effrayer, il suffit d’avancer là, un peu plus près… »
(...) Voix, musique, texte. Une chimie qui ne demande, pour une fascination semblable à celle que peut procurer l’ébullition blanchâtre dans la cornue, que de se parfaire au geste. |
Le geste, chez Barbara W., c’est d’abord l’expression de son visage. Le cirque encore. Le théâtre. L’émotion, la gravité, la dérision, le sombre jusqu’à l’obscur, l’heureux, le drôle. Une palette.
Si l’œuvre de cette jeune femme est autobiographique, (...), c’est que nous ne savons rien de la vie.
Puis, lorsqu’elle l’a voulu, Barbara s’est interrompue pour chevaucher le monocycle qu’elle avait posé près d’elle. Bref interlude hilarant, sidérant aussi. La partition est immense. Son bonheur d’être là, évident.
Le tour de chant a repris son cours. Captif d’une prestation d’autant plus inouïe qu’elle est marquée au sceau d’un sang neuf et d’une différence qui étaient difficilement imaginables, le public s’est laissé gagner, imprégner de textes riches, aboutis, beaux, doux et durs. L’attention, la tension parfois, était totale. Exclusive.
Sidne Crinchabou
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